"Journal d'une voyageuse grande ligne... "

Publié le par Miles

Hi guys! Comment allez-vous? Aujourd'hui je vous présente deux textes issus d'un recueil de nouvelles que j'ai écris dans la période 2012-2013. J'espère que vous aimerez. Mon écriture a évolué depuis, mais ses textes restent très fidèles à ce que j'écris. Have fun!

 

"Journal d'une voyageuse grande ligne... "

J’ai posé mon café sur le comptoir de ce bar de campagne, en me demandant « pourquoi ? ». Pourquoi en étais-je arrivée à être ici. Pourquoi je m’étais conduite à cette vie de voyage. Déjà, quand j’étais gosse, je n’étais pas aimé de tout le monde. Je me suis démarquée de la masse, en aimant des autres choses qui n’intéressaient personne. Puis avec le temps, sont vite venues les insultes. J’ai toujours été qualifié d’être bizarre soi-disant. Je n’aime pas les copies conformes, vous le savez. Ces gens qui suivent en masse la mode, qui veulent toujours être au top. J’ai essayé, mais je n’y ai trouvé que le vide. Le vide de la superficialité. Il arrive des moments où tu vois ton monde s’arrêter de tourner, comme lorsqu’un artiste fait ses adieux à la scène à la fin d’un concert. Quand une nouvelle fois, tu tombes malgré toi. Tu finis par faire partie de ces gens qui tombent, mais tu dois trouver la force de te relever. Oui je fais partie de ces personnes qui n’ont pas connu l’insouciance de l’adolescence, le premier amour, les premiers chagrins de cœur.

Ça m’a fait, mal au début tu sais. J’ai longtemps cherché pourquoi j’étais ici. Et j’ai fini par comprendre à force de larmes, que si j’étais ici c’était pour aider. Toute cette souffrance accumulée, toute cette rage qui ne voulait pas sortir, toute cette force qui s’est bâtie en moi avec le temps, c’était pour mieux être là. Je le vois, dans les yeux des étrangers que je croise. Lorsque je raconte mes histoires, les gens sont comme fascinés. Ils partagent ma vie quelques instants, quelques heures. Je leur parle comme si cela faisait des années que l’on se connaissait. Et pourtant non. Je vais finir par croire que les personnes solitaires sont les plus sociables vois-tu. Je suis cette vagabonde, qui donne du bonheur passager. Avec le temps, je me dis que ma différence a fini par fasciner. Mon sourire est-il sincère de bonheur ou veut-il simplement cacher ma déprime ? À toi de me le dire. Je n’ai pas peut-être pas les bons mots pour soigner ta peine, non moi je raconte des histoires d’ailleurs pour te transporter et essayer de te faire voguer sur les océans loin des terres marquées par ta peine. Je veux juste te dire que le monde a toujours une face cachée, que tes yeux peuvent voir si tu prends le temps de te poser un peu et de regarder. Il n’y a pas besoin de diplôme, tout est à portée de main, suffit de s’en donner les moyens.  Si tu as une passion, vis là. Je sais que mes paroles sont tellement banales, mais peu de gens puisent en eux le courage pour atteindre cette vie de bonheur qu’il pourrait avoir. Cette vie pourtant simple. Je t’assure les remords, quand tu es jeune tu ne les ressens pas, mais tu verras un jour. Le temps défile tellement vite… Un jour t’arrive au bout de la ligne et tu n’as plus rien. T’as plus que tes yeux pour pleurer. Je regrette certaines choses de mon passé, comme tout le monde je crois, mais je ne le referai pas. Je l’ai appris à mes dépens et j’ai des regrets aussi. Je n’ai plus envie de vivre dans un univers ou je ne serai pas moi. Les voyages sont la planète qui me fait voguer alors je les garde. Un jour cela s’arrêtera peut-être, mais pas de sitôt je crois. Crois-moi, dans quelques années je serai encore là pour te livrer mes textes et toucher ce cœur qui bat en toi.

"Journal d'une voyageuse grande ligne... "

Comme à mon habitude, je rejoins la gare. Il est minuit, il pleut et le paysage est silencieux, l’agent du chemin ferré fait les dernières vérifications et ferme l’établissement pendant quelques heures. Lorsque le jour se lèvera, le train du matin arrivera pour prendre les voyageurs. Moi j’attends le dernier, celui qui se fond dans les ténèbres, celui qui prend les âmes en peine. Il me connait bien, car je suis bien sa seule voyageuse. Personne ne s’aventure en lui, car souvent c’est dans ces heures sombres de la nuit que nos idées deviennent claires et qu’on se voit face à soi-même. Et oui les larmes vont me venir, je vais me laisser bercer par sa vitesse afin de m’endormir si le monde des rêves veut bien de moi. Peu de gens veulent bien de moi. Je vais attendre, me dire que cela va passer, qu’un jour je rigolerai de tout cela. Cependant cela fait des années que le désespoir est là, que rien ne le chasse. Que je me persuade d’oublier, mais rien ne passe, tout est toujours là bien vivant. Seule dans cette nuit, je scrute le ciel à la recherche de ma bonne étoile. J’imagine qu’elle est là, et l’instant d’après je crois qu’elle est tombée en enfer. Que parfois, je suis un pantin de ce qu’on nomme destin. Je ne trouverai rien au bout de cette nuit, juste la chaleur d’un train qui réchauffera mon corps et me laissera dormir quelques heures. Avant que tout ne recommence, que je prenne les armes pour combattre  cette peine. Ce monde dans lequel je fuis, car je ne l’apprécie guère. Parfois je donnerai n’importe quoi pour aimer, me sentir comblée plutôt que de vaguer sur ces routes incertaines. Pourtant je suis sûre que je si je la quittai, cette vie me manquerait. Cette vie devenue mon moteur. Cette vie reflétant ce que je suis. En y réfléchissant, ce n’est peut-être plus ma vie, mais ce que je suis devenue réellement.  Il vient du fin fond de la nuit et m’emporte sur son chemin. Les lumières du train sont faibles maintenant et je scrute à nouveau ce ciel bleu nuit. Le mec en face de moi joue un air d’ailleurs avec sa guitare. Ce genre d’homme rock’n roll avec sa veste en cuir et ce regard sombre avec son lot de tendresse.

Mon âme devient alors plus légère, son sourire ravageur me fait frissonner. La nuit sur les rails a ses bons côtés, parfois. Nous ne sommes plus que deux maintenant. Il me dit : « Tu verras, ça ira. » Tu sais, au départ je me disais que j’aurais une vie normale, la maison avec les gosses. Seulement quand je vois la société, je n’ai qu’une seule envie c’est être différente, indépendante pour être quelqu’un, et non une copie conforme aux normes. Il y a bien longtemps que les gens n’attendent plus rien de moi, et que je n’attends plus rien d’eux. Je ne me fais plus d’illusions, je me fonds à la foule et je deviens invisible. Pas d’attente, pas de peine. Même lui avec son air de beau gosse, ne me retiendra pas plus de quelques heures. Les lumières au loin sont une nouvelle ville que je découvrirai sans doute demain. Les nuits sont belles, mais les gens l’utilisent pour dormir. Belle connerie, qui au final me rends bien service, je suis une des seules à profiter pleinement d’elle.

Pas le temps de descendre pour chercher un hôtel, les banquettes seront ma maison pour cette nuit. Je m’endors sur cet air mélancolique de guitare des années soixante.

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Publié dans passions

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Bernieshoot 20/01/2015 15:44

c'est joliment écrit .. les nuits sont aussi longues que les jours et nous en profitons si peu ..
as des regrets ou des remords ?